Le 19 novembre dernier, le gouvernement du Québec a unilatéralement aboli le Programme de l’expérience québécoise (PEQ), le remplaçant par le Programme de sélection des travailleurs qualifiés (PSTQ).

Cette décision soudaine et précipitée soulève une vague d’indignation légitime, puisque des milliers de travailleuses et travailleurs temporaires ainsi que d’étudiantes et étudiants étrangers qui aspirent à la résidence permanente se retrouvent aujourd’hui dans une situation d’incertitude inacceptable. Nos membres, nos collègues, nos communautés, personne ne peut rester les bras croisés face à de telles répercussions.

Dans le réseau de la santé, le débat sur l’immigration n’est pas une question abstraite. C’est une question au quotidien et de survie, qui touche les équipes de soins, des collègues surchargés, et du système lui-même.

Mais pourquoi les syndicats ont le devoir d’intervenir ?

UN RÉSEAU DÉJÀ À BOUT DE SOUFFLE

Personne dans le réseau n’a besoin de statistiques pour comprendre la situation. On le vit et on le ressent chaque jour.

Le manque de personnel est devenu une « maladie chronique ». La surcharge, c’est le quotidien, les arrêts de travail pour invalidité explosent, et les équipes doivent constamment faire plus avec moins, et trop souvent avec beaucoup moins.

L’ABSENTÉISME EN CHIFFRES

Le rapport publié sur le tableau de bord du ministère de la Santé et des Services sociaux, en date du 27 décembre 2025, indique que 26 964 employés du réseau sont en arrêt de travail pour invalidité (CNESST ou autres).

Ce taux mesure la proportion d’heures rémunérées en assurance salaire et en indemnisation CNESST.

Mais un taux d’invalidité du personnel de la santé qui atteint 7,8%, avec une explosion de 10 % en un an, soit son niveau le plus élevé depuis le début de la pandémie.

En extrapolant à partir d’un salaire moyen annuel de 68 000 $, cela représente plus de 1,8 milliard de dollars en coûts liés à ce niveau élevé d’arrêts de travail pour invalidité…. 1.8 milliard de dollars !

Ce problème est un problème systémique, point.

Dans ce contexte, toutes les décisions qui touchent la disponibilité et la sécurité de la main-d’œuvre, incluant les politiques d’immigration, concerne directement tous les travailleuses et les travailleurs du réseau, ayant un impact direct sur les patients.

C’est là que le Programme de l’expérience québécoise (PEQ) prend tout son sens.

Ce programme permet, ou permettait, à des gens qui travaillent ici, qui paient des impôts ici, et qui vivent dans nos communautés, d’obtenir leur résidence permanente après quelques années d’expérience au Québec.

Ce ne sont pas des étrangers qui arrivent de nulle part. Ce sont souvent des collègues, des voisins, mais aussi des techniciens, des préposés, des professionnels de laboratoire, du personnel de logistique médicale, de production pharmaceutique. Ce sont des gens que l’on côtoie au quotidien et sur lesquels le réseau s’appuie pour fonctionner et supporter les travailleuses et les travailleurs déjà en place.

Sans le PEQ, plusieurs de ces personnes se retrouvent forcées de quitter le Québec, alors qu’on peine déjà à recruter. Ce n’est pas juste une perte pour eux. C’est une perte pour notre société.

On a trop souvent tendance à parler d’immigration en terme économique comme d’un dossier administratif, voire comptable. Combien de personnes entrent, combien de personnes sortent, dans quels secteurs, selon quels critères, etc…

Si le Québec veut maintenir sa capacité à produire des médicaments, à soutenir ses technologies médicales, à prendre soin de nos ainés et de nos enfants, à maintenir son système de santé, il a besoin d’une main-d’œuvre stable et l’immigration fait partie de cette équation. Qu’on le veuille ou non.

Alors pourquoi les organisations syndicales prennent position sur ce dossier ?

Certains vont diront que l’immigration, c’est l’affaire du gouvernement, et pas la leur.

Faux. C’est l’affaire de tous et de toutes.

Chaque fois que des politiques publiques ont eu un impact direct sur le monde du travail comme les salaires, les conditions de travail, la sécurité d’emploi, les syndicats ont non seulement eu raison d’intervenir mais ils en avaient et encore aujourd’hui en ont le devoir.

L’immigration économique, touche nos milieux de travail, influence la stabilité de nos équipes et par conséquent touche la qualité des soins que notre réseau est capable d’offrir.

Ne nous voilons pas la face, l’immigration ne doit jamais devenir un prétexte pour précariser des travailleuses et des travailleurs, ou pour contourner nos conditions de travail négociées collectivement.

Les droits syndicaux, c’est pour tout le monde et ceci peu importe d’où on vient.

DÉFENDRE LES TRAVAILLEURS. TOUS LES TRAVAILLEURS.

Dans un monde de plus en plus instable, où les certitudes économiques et nos politiques publiques sont attaquées, le Québec aura besoin bien plus de solidarité que de division.

Parce que la vraie question, au bout du compte, ce n’est pas simplement plus ou moins d’immigration.

La question serait plutôt de choisir le genre de société que l’on on veut bâtir.

Et dans quel état veut-on offrir le réseau de la santé à celles et ceux qui le portent à bout de bras chaque jour?

Là-dessus, le mouvement syndical n’a jamais gardé le silence.

Et ce n’est pas aujourd’hui qu’il va commencer.

Crédit photo: LaPresse

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