Que vaut la bonne santé des travailleuses et des travailleurs de la santé et des services sociaux?
Le rapport publié sur le tableau de bord du ministère de la Santé et des Services sociauxi, en date du 27 décembre 2025, indique que 26 964 employés du réseau sont en arrêt de travail pour invalidité (CNESST ou autres).
En extrapolant à partir d’un salaire moyen annuel de 68 000 $, cela représente plus de 1,8 milliard de dollars en coûts liés à ce niveau élevé d’arrêts de travail pour invalidité et ce, sans même tenir compte des soins et des services qui ne sont pas rendus à la population.
Cela correspond à 2 634 employés de plus en arrêt de travail pour maladie depuis la création de Santé Québec, soit une hausse de 10,83 % en un an. Les absences pour invalidité touchent désormais 7,8 % des travailleurs du réseau, soit près du double de la moyenne québécoise de 4,3 %, selon le taux d’inactivité lié à une maladie ou à une incapacité publiée par Statistique Canada pour l’année 2024ii.
Pendant ce temps, ce même tableau de bord indique une baisse de 2 746 personnes à l’emploi de Santé Québec sur la même période d’un an.
Il est désolant de constater que, malgré la mission du réseau de la santé et des services sociaux de prendre soin de la population, lorsqu’il est question de prendre soin de ses propres employés, Santé Québec fait piètre figure. C’est la parfaite illustration de la théorie du cordonnier mal chaussé.
Il est d’autant plus surprenant d’entendre la PDG de Santé Québec, madame Geneviève Biron, affirmer à l’émission Le Bilan, le 12 janvier 2026 à LCNiii, que la situation est « stable », « sous contrôle » et qu’il n’y a « pas d’augmentation fulgurante », alors que les chiffres démontrent clairement l’inverse.
Au total, ce sont plus de 5 300 employés de moins pour desservir une population québécoise pourtant en constante croissance. Si la direction de Santé Québec demeure dans le déni et que rien n’est fait rapidement pour freiner ce cercle vicieux, la situation risque de s’aggraver au cours des prochains mois et des prochaines années.
Lorsque la surcharge de travail devient insoutenable en raison du manque chronique de personnel, ce n’est pas une gestion agressive des absences, ni par le service de la présence au travail ni par la direction des ressources humaines, qui réglera le problème. Il faut plutôt des embauches réelles, de meilleures conditions de travail, une réduction de la surcharge, ainsi qu’une véritable reconnaissance de l’importance de la santé physique et mentale des travailleuses et des travailleurs, en faisant de la prévention une priorité opérationnelle.
Patrick Hallé
ii Tableau 14-10-0390-01 Absence du travail chez les employés à temps plein, données annuelles, inactif DOI : https://doi.org/10.25318/1410039001-fra