Pendant que les lumières s’allument dans les salons, que les tables se remplissent de pâtés, de dinde, de farce et d’atocas, et que les familles se rassemblent pour célébrer Noël et le Jour de l’An, des milliers de travailleuses et travailleurs de la santé et des services sociaux enfilent leur uniforme et prennent le chemin du travail.

 

Pour eux, le temps des Fêtes n’est pas synonyme de pause.  Il rime avec quarts de soir, de nuit, de fins de semaine et avec des réveillons passés à l’hôpital, en CHSLD, en centre jeunesse, en résidence ou en soutien à domicile.

 

Nous avons rencontré quelques-unes de ces personnes, provenant de différents milieux, afin qu’elles nous partagent leur réalité et leur expérience.  Des noms fictifs ont été utilisés afin de préserver leur anonymat.

 

Juliette

Technologue en imagerie médicale à l’urgence

 

Travailler pendant les Fêtes est souvent très marquant, autant sur le plan humain que professionnel.  Les équipes sont réduites, les patients souvent plus vulnérables, seuls ou en grande détresse, et la pression demeure constante.  Il faut maintenir un haut niveau de rigueur malgré des ressources limitées et une charge émotionnelle importante.

 

La charge de travail est différente, mais fréquemment plus lourde. Le volume de demandes reste élevé et les cas sont souvent plus complexes.  L’imagerie médicale est une étape incontournable pour poser un diagnostic et orienter la prise en charge des patients.  Les urgences ne prennent pas congé, peu importe la période de l’année.

 

Malgré tout, il y a une grande fierté à assurer la continuité des soins quand tout le reste s’arrête.  Sans les technologues en imagerie médicale, la médecine ne pourrait pas fonctionner comme elle le fait aujourd’hui.  Savoir que notre travail est essentiel donne un réel sens à notre présence, même pendant les réveillons.

 

La reconnaissance, toutefois, n’est pas toujours au rendez-vous.  Plusieurs ressentent un manque d’écoute et de compréhension de leur réalité.  Ce qui ferait une réelle différence : une reconnaissance concrète de notre rôle, une écoute sincère de la part de la gestion et un suivi réel des enjeux soulevés.  Le respect passe par la considération des conditions de travail, de la charge réelle et de l’expertise professionnelle.

 

Pascale

Intervenante en centre jeunesse

 

J’accompagne des jeunes toute l’année, y compris pendant le temps des Fêtes, au prix de sacrifices importants dans ma vie personnelle et familiale.

 

Lors des réveillons, la réalité est encore plus lourde : visites et sorties en famille, retours parfois chaotiques, détresse bien réelle. Pour certains jeunes, je suis la seule personne qu’ils verront et à qui ils parleront le 24 ou le 31 décembre.

 

C’est exigeant, émotionnellement et humainement. Mais c’est aussi dans ces moments-là que l’on mesure à quel point notre présence est essentielle.  Une responsabilité immense, qui donne un sens profond à notre travail et qui mérite enfin une reconnaissance à la hauteur.

 

Jean

Auxiliaire en santé et en services sociaux (ASSS)

 

Ce qu’il y a de plus difficile, émotionnellement, à travailler le 25 décembre, c’est de constater la réalité des personnes qui sont seules pendant les Fêtes.  On les voit attendre notre visite.  Pour plusieurs, nous sommes leurs seules visites.

 

Il y a aussi moins de personnel durant cette période.  Lorsqu’un problème survient, il est plus difficile de joindre un autre professionnel de la santé.  Nous sommes davantage laissés à nous-mêmes et devons exercer notre jugement clinique et prendre des décisions que nous n’avons pas à prendre habituellement.

 

Pour les usagers, le temps des Fêtes est souvent synonyme d’anxiété et d’inquiétude accrues.  Les changements d’horaire ou d’intervenant les amènent à se demander si quelqu’un passera les voir et s’ils recevront leurs soins.

 

Notre travail est essentiel.  Sans les services à domicile, plusieurs de ces usagers se retrouveraient dans les salles d’urgence des hôpitaux.

 

J’aimerais ajouter que si l’on souhaite réellement miser sur les services à domicile, il faut davantage écouter les personnes qui y travaillent.  Il est essentiel de reconnaître l’importance des ASSS et leur rôle, notamment en vertu de la Loi 90, en lien avec des actes médicaux habituellement réservés aux infirmières.

 

 

Catherine

Paramédic en soins préhospitaliers d’urgence (ambulance)

 

Ce qui me marque, année après année, c’est l’accueil des gens à cette période de l’année.  J’ai souvent eu la chance d’intervenir lors de partys de famille pour des situations plus ou moins graves.  Les gens sont généralement contents de nous voir, l’ambiance est conviviale, la musique du temps des Fêtes allège nos interventions et nous tentons, du mieux que nous le pouvons, de marquer positivement leur soirée.

 

Le temps des Fêtes demeure toutefois une période où le rythme est souvent plus intense.  Je parlais de légèreté, mais mes collègues voient aussi l’autre côté de la médaille.  Plusieurs personnes sont seules, et on observe davantage de difficultés psychosociales chez notre clientèle.  Ce n’est pas une période heureuse pour tout le monde, et cela se reflète dans le type d’interventions que nous effectuons.

 

Je suis fière de travailler durant ces journées.  On ne cesse jamais de travailler fort, et je me considère chanceuse de pouvoir accompagner les gens dans des moments difficiles à cette période de l’année.  Ce n’est pas facile pour tout le monde, mais nous demeurons un pilier pour la population, 24 heures sur 24, 7 jours sur 7.

 

La différence à ce moment-ci de l’année, c’est que les gens ont moins envie de nous voir arriver chez eux, alors ils appellent moins pour de petits « riens ».  Toutefois, avec les rassemblements, les microbes circulent plus rapidement et nous sommes rapidement débordés par des éclosions de grippe, de gastro, de COVID, etc.

 

J’ai déjà accompagné une dame qui a subi un AVC massif durant la nuit, la veille de Noël. Personne n’est à l’abri d’un tel événement.  Dans ces moments-là, nous devenons la personne dont les gens se souviendront toute leur vie, alors qu’ils traversent une période de grande vulnérabilité et de détresse.  L’essentiel est de préserver notre humanité, de rassurer la famille et d’accompagner le patient du mieux possible, tout en lui offrant les meilleurs soins.

 

Alexandre

Préposé à l’entretien ménager à l’hôpital

 

Travailler le jour de Noël, je trouve ça plate. Ça m’empêche de célébrer avec ma famille et d’être avec les gens que j’aime.

 

Je vois souvent des membres des équipes de soins se rassembler pour les repas et les pauses. À l’entretien, nous ne sommes pas intégrés à ces équipes et je me retrouve souvent seul.

 

La charge de travail est plus grande, car nous fonctionnons avec des effectifs réduits. La fatigue est aussi plus présente durant cette période de l’année.

Mon travail est très important et utile. Sans les préposés à l’entretien ménager, il y aurait une grave augmentation des risques de contagion et de propagation des virus dans l’hôpital.

 

Il serait important que mes autres collègues le réalisent. J’aimerais également que mon gestionnaire me soutienne davantage, plutôt que de couper des heures et de croire qu’on peut toujours faire plus avec moins.

 

Il faut mettre de la pression sur le gouvernement pour qu’il mette fin aux coupures afin que la population retrouve des services de qualité, à la hauteur de ce qu’elle mérite.

 

Rémi

Préposé au bénéficiaire en CHSLD

 

Quand je dois travailler à Noël, j’ai l’impression de manquer des moments importants avec ma famille. Je suis heureux d’offrir du temps de qualité aux résidents, mais de mon côté, je sens que je n’en ai pas.

 

Ce qui me manque le plus, c’est la reconnaissance de la part de mon gestionnaire. Souvent, eux ne sont pas présents durant ces journées

L’an dernier, j’avais apporté des sucres à la crème et de la boisson gazeuse. Ce petit geste, pourtant simple et banal, a fait énormément plaisir aux résidents.

 

Lors de ces journées, il y a souvent du personnel absent qui n’est pas remplacé, ce qui augmente la charge de travail. Tu veux donner ton maximum, mais tu sais que tous les besoins ne pourront pas être comblés comme il se doit. Cette surcharge entraîne davantage de stress et de fatigue.

 

Même s’il y a plus de visiteurs durant le temps des Fêtes, la solitude et l’anxiété sont bien présentes chez plusieurs usagers, puisque beaucoup ne reçoivent pas de visite la veille ou le jour même de Noël. De plus, en raison des congés et du manque de personnel, il y a peu ou pas d’activités offertes pour leur changer les idées.

 

Je profite souvent de cette période pour me rapprocher des résidents. Peut-être serait-il pertinent, lors de ces journées, de modifier un peu la routine et de profiter davantage de ces moments avec eux. Ce serait bénéfique pour le moral de tous.

 

Nous voulons sincèrement que les résidents passent une belle journée. Nous donnons notre maximum, malgré le peu de reconnaissance et de soutien de notre gestionnaire. On peut vouloir le meilleur pour ces personnes, mais il serait temps que la population réalise à quel point ce travail est exigeant et que l’on pourrait se passer des embûches provenant de certains gestionnaires et du gouvernement.

 

Tania

 Agente administrative

 

Travailler à Noël ou au Jour de l’An est difficile sur le plan personnel.  Je passe ces journées loin de ma famille et je suis privée de moments simples et précieux, comme discuter autour de la table, relaxer en pyjama ou regarder des films de Noël.  Cette absence laisse un sentiment de tristesse, qui s’ajoute à la fatigue accumulée.

 

Ma charge de travail demeure sensiblement la même, mais elle augmente lorsqu’il manque de personnel.  Dans ces situations, des tâches urgentes s’ajoutent, ce qui accentue mon stress.  Le plus exigeant est de réussir à concilier le travail, les préparatifs de Noël et l’absence de congés suffisants pour récupérer.

 

La réalité des usagers est également très marquante. Durant les Fêtes, la solitude, l’anxiété et la détresse sont plus visibles.  Voir des personnes malades, seules et sans visite est humainement très difficile et affecte mon moral.

 

Cependant, c’est à ce moment que mon sentiment d’être utile est encore plus fort.  

Le réseau de la santé fonctionne 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, et chaque employé est essentiel à son bon fonctionnement.  Pourtant, la reconnaissance de l’employeur est presque inexistante.  Des gestes simples comme un mot de remerciement, une tape dans le dos, un repas partagé comme auparavant feraient toute une différence pour moi.

 

Ce que j’aimerais que la population sache : les travailleuses et travailleurs du réseau sont avant tout des êtres humains.  Eux aussi ont une famille, des proches et une vie personnelle.  Continuer à offrir des services dans un réseau de plus en plus déshumanisé exige beaucoup de cœur, et cette réalité mérite d’être reconnue à sa juste valeur.

 

En terminant, lorsque vous verrez le fond de votre première bouteille de vin en finissant votre assiette de ragoût de pattes, prenez un moment pour penser :

À celles et ceux qui tiendront la main d’un patient à minuit plutôt que celle d’un proche.
À celles et ceux qui assureront la continuité des soins, malgré la fatigue et les sacrifices.

Ils ne demandent pas des médailles.
Ils demandent du respect, de la reconnaissance concrète et des choix politiques à la hauteur de leur engagement.

Parce que sans eux, il n’y aurait tout simplement pas de réveillon possible.

 

-En collaboration

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