PH- Qu’est-ce qui vous a motivée à vous engager dans le syndicalisme ?
FD- Mon engagement dans le syndicalisme remonte à la grève de 2015. J’avais envie de participer activement aux luttes et de me battre pour de meilleures conditions de travail. Aussi, il y a une histoire plus personnelle derrière ça : mon grand-père est décédé d’une maladie en lien avec son travail ça m’a marquée et m’a fait comprendre à quel point la prévention en milieu de travail est essentielle.
PH- Pensez-vous que les femmes sont bien représentées dans les instances décisionnelles des syndicats ?
FD- Pas assez, même si ça évolue. On voit plus de femmes dans des postes de dirigeants syndicaux, mais il reste encore du chemin à faire pour une vraie équité.
PH- Y a-t-il des barrières qui freinent l’accession des femmes à des postes de leadership au sein des syndicats ?
FD- Oui, et souvent, c’est nous-mêmes qui nous mettons ces barrières. On a grandi avec l’idée qu’une femme doit être plus présente à la maison, qu’elle doit tout concilier. Il faut déconstruire ça et encourager les femmes à foncer, à prendre leur place dans les instances syndicales.
PH- Avez-vous observé des différences dans la manière dont les femmes et les hommes exercent le leadership syndical ?
FD- Oui. En général, les femmes favorisent un leadership plus posé, ce qui aide beaucoup à la communication avec les membres et avec l’équipe.
PH- Quels sont les défis principaux auxquels les femmes syndicalistes sont confrontées aujourd’hui?
FD- Il y a encore cette vieille perception que les dirigeants syndicaux sont des hommes. Se faire une place demande beaucoup d’efforts. Il y a aussi des préjugés sur notre capacité à diriger et à prendre des décisions. On doit être conscientes de ces obstacles et avancer ensemble.
PH- Selon vous, les syndicats prennent-ils suffisamment en compte les enjeux touchant spécifiquement les femmes?
FD- De plus en plus, oui. Aujourd’hui, dans les grèves, ce ne sont pas seulement les salaires qui posent un problème, mais aussi les conditions de travail et la conciliation travail-famille. Ce sont des enjeux qu’on entend davantage maintenant.
PH- Quelles initiatives ou politiques devraient être mises en place pour encourager davantage de femmes à s’engager dans les syndicats?
FD- Il faut de la formation, du soutien et surtout de l’ouverture d’esprit. Mais au-delà de ça, il faut que les femmes osent. Lever la main, s’impliquer, y aller avec confiance.
PH- Avez-vous des exemples de mesures efficaces qui ont été adoptées pour promouvoir l’égalité des sexes dans votre syndicat?
FD- Oui ! Les formations dédiées aux femmes dans le milieu syndical sont vraiment utiles. Elles permettent d’avoir des outils, de créer un réseau de soutien et de s’entourer d’autres femmes qui vivent la même réalité. Récemment la FTQ a organisé un évènement l’école féministe qui a permis à plusieurs femmes du SCFP-QC de créer des projets dans leur milieu syndical. Les projets sont présentement en création ou même déployés tel qu’à la section locale du 301 et au secteur des affaires sociales.
PH- Quel conseil donneriez-vous à une femme qui hésite à s’engager dans une organisation syndicale? FD-Si tu as envie de le faire, fonces. N’attends pas que quelqu’un t’invite à la table. Prends ta place, fais entendre ta voix. Si tu crois en tes valeurs, tu trouveras ta place et tu feras une différence.
PH- Comment voyez-vous l’évolution du rôle des femmes dans les syndicats au cours des prochaines années?
FD- Je suis pleine d’espoir. On voit déjà plus de femmes s’impliquer et occuper des postes importants, que ce soit au CPAS ou au SCFP Québec. La tendance est là, et ça va continuer.
PH- Pensez-vous que la présence des femmes dans le mouvement syndical contribue à un changement dans les priorités et les revendications?
FD- Oui, sans aucun doute. Aujourd’hui, avec des femmes à la tête des organisations, on les met de l’avant avec force et le message est plus fort pour les droits des femmes.
PH- Que faudrait-il encore améliorer pour atteindre une véritable égalité hommes-femmes dans le syndicalisme?
FD- Un changement de culture. Il faut que toutes les organisations encouragent les femmes à s’impliquer et leur donnent un vrai soutien. Souvent, les femmes hésitent à lever la main par peur de ne pas être à la hauteur. Si on leur montre qu’on est là pour elles, elles prendront leur place.
PH- Pensez-vous que les femmes syndicalistes reçoivent autant d’attention médiatique que leurs homologues masculins?
FD- Tout dépend, mais parfois le jugement est présent quand elles prennent la parole avec force, elles sont souvent perçues comme trop émotives. Alors qu’un homme dans la même situation sera vu comme un leader revendicateur.
PH- Avez-vous l’impression que les revendications portées par des femmes sont parfois réduites à des « enjeux féminins » au lieu d’être considérée comme des questions syndicales majeures?
PH- Oui, mais les choses évoluent. On l’a vu avec la grève du secteur public où les enjeux d’équité et de conditions de travail des femmes ont été largement discutés.
PH- Est-ce que vous recevez un soutien de votre organisation pour mieux gérer la relation avec les médias et vous assurer d’être entendue?
FD- Oui, j’ai beaucoup de soutien de mon organisation, mais je dois prendre l’initiative d’aller vers les médias et d’utiliser les réseaux sociaux comme outil de communication, c’est essentiel.
PH- Pensez-vous que les réseaux sociaux ont changé la donne en permettant aux femmes de contourner les médias traditionnels pour faire entendre leur voix?
FD- Absolument. Les réseaux sociaux donnent une plateforme directe, sans filtre, où on peut parler de nos luttes et mobiliser du monde. C’est un outil puissant pour les femmes dans le syndicalisme. Mais encore, nous devons toujours trouver de nouvelles façons de transmettre nos messages.